Mel Gibson, ce père de famille

On tambourine à la porte. Trois semaines que nous vivons en autarcie, à pas feutrés, que toutes les visites sont programmées. Il est minuit et on tambourine à la porte. J’approche de la porte d’entrée, lève les yeux et croise le regard interrogateur de Voilamaman, postée en haut de l’escalier, Voilabébé dans les bras. Je sais que c’est à moi d’y aller.

La porte ouverte, la femme blonde qui se présente devant moi baragouine à tel point que je ne comprends qu’une seule chose : toi, tu as été bercée un peu trop près de la bouteille. Dans la peine, j’entends qu’elle est l’une de mes voisines. Jamais vue. Et elle souhaite que je vienne l’aider à configurer la manette de sa console de jeux vidéo. Soit. Le personnage est saoul, imposant, la demande est confuse, et Mel Gibson ne devait pas être moins angoissé au moment de quitter la tanière familiale pour combattre le roi d’Angleterre, cet oppresseur.

Ma voisine habite une pièce unique, minuscule. Un taudis. On finit par trouver la fonction « Langues », on discute et on sympathise. La tension redescend peu à peu.

Jusqu’au moment où elle devient à nouveau fébrile, parle dans un hoquet irrépressible et tourne autour de la table, de plus en plus rapidement. « Je suis lieutenante de gendarmerie, tu sais, lieutenante de gendarmerie. Tu me crois, tu me crois ? » Oui, je veux bien te croire. Et rentrer me coucher aussi. « Je suis lieutenante de gendarmerie et j’ai une arme ». Et la voisine, gendarme ou pas gendarme, de sortir une arme, un pistolet, pas très grand, mais un pistolet quand même. En une seconde, l’ambiance change et tout devient moins rigolo. J’étais bien content d’avoir réussi à trouver la fonction « Langues » et ne comptais surtout pas m’éterniser ici. Encore fallait-il réussir à prendre congé sans crisper la gendarmette. Ca ne s’est pas trop mal passé.

Tout seul, j’aurais tenté de me rassurer : « elle la tient comme un jouet, c’est sûrement une fausse », « pourquoi un gendarme sortirait aussi facilement son arme de service ? », « je lui ai rendu service, elle n’a pas de raison de m’en vouloir », etc. Mais je ne suis pas seul, je suis père de famille. Et un père de famille, ça ne  laisse rien passer. Je ferai tout. Je me renseignerai, saurai si ce type d’armes existe vraiment, ce qu’est vraiment une lieutenante de gendarmerie, qui a le droit de porter une arme et qui n’a pas le droit et ainsi de suite. Et le soir, je ferme les volets.

Je n’ai pas son courage – même pas 1 % – mais désormais, je comprends l’acharnement de Mel Gibson.

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35 réflexions sur “Mel Gibson, ce père de famille

  1. Hum, ça fait froid dans le dos ton histoire… j’ai eu une fois la visite d’une voisine de mon lotissement (7 maisons neuves mitoyennes, en location… on avait tous eu les clés en même temps, à s’épier par la force des choses.. vu que les clotûres des jardins avaient été faites deux mois après l’entrée dans les lieux)… je connaissais de vue cette voisine car elle avait des chiens de défense et cela avait posé souci pour la reconduction de mon agrément de nounou… vu la fameuse mitoyenneté… bref un jour elle a sonné à ma porte, furax, et avec une haleine anisée… elle avait vu ma fille aînée rentrer de l’école avec sa petite copine africaine (ma fille avait 9 ans à l’époque). Elles étaient passées par le chemin communal qui longeait son grillage et ça ne lui avait pas plu. Prétexte affligeant, ses chiens détectaient les « noirs » et ça les faisait aboyer. Elle a vu à ma tête que ça dépassait les bornes, et je me suis entendue lui dire qu’elle aille cuver son vin ailleurs, car cette petite fille africaine était justement chez moi en ce moment en train de faire ses devoirs avec ma fille… elle m’a alors fait comprendre qu’elle était toute puissante et n’hésiterait pas à lâcher ses chiens sur ma fille et son amie si elles repassaient près de chez elle (c’était le chemin de l’école)… nous avons déménagé six mois après… je suis complètement incapable d’avoir confiance en quelqu’un sous l’emprise de l’alcool. Mon mari était plus rassurant. Je n’ai jamais plus été sereine après cette altercation… je ne pense pas que fuir était la solution, j’aimerais être moins impulsive et pessimiste…. j’ai profité d’une opportunité. Le service de mon mari a fermé et on lui a proposé une mutation… on a sauté dessus…
    Je suis contente de lire que bébé va bien, et vous aussi!
    Biz

    • Elle avait réellement un grain pour le coup ta voisine !
      Comme tu le dis, ce qui me fait peur, c’est bien la perte des repères sous l’emprise de l’alcool.. quel que soit l’équilibre mental de la personne à l’état sobre.

  2. A cette heure-ci et rien qu’en sentant l’haleine de la voisine, d’autres ne se seraient même pas déplacés alors je te trouve courageux déjà d’avoir bien voulu l’aider! Tu n’as pas été tellement remercié, mais bon…l’essentiel est que ça n’ait pas mal fini!!!

  3. Plutôt flippant comme histoire. Moi par chance je n’ai pas encore eu la visite de voisins avinés, et ceux que j’ai vu à la fête des voisins avaient plutôt l’alcool gentil. Mais c’est vrai qu’aux abords de la supérette du quartier il y a souvent des poivrots, et de ce fait j’évite les coins où ils squattent (bancs sur le trottoir).
    Mais j’ai aussi très peur des chiens : je ne supporterais pas qu’il y ait des chiens de défense dans le jardin de mes voisins. C’était le cas quand j’étais petite, les chiens nous aboyaient dessus quand nous passions pour aller à l’école et j’étais terrifiée -et avec raison, le chien en question cassait régulièrement sa chaine…

    • Si le chien est capable de casser sa chaîne, je comprends l’appréhension.. Mes autres voisins ont également l’air gentils. Et par chance, comme des travaux ont lieu à proximité, il se pourrait qu’elle parte !

  4. Je suis comme toi, Agnès, j’ai peur des chiens… ma voisine avait un couple de rotweillers + 3 autres issus de ce couple qu’ils n’avaient pas pu placer… donc 5 molosses. Ca faisait beaucoup. J’avais du mal à vivre sereinement. J’avais peur d’un trou sous le grillage, n’importe quoi… ils étaient si puissants…
    Et quand j’ai réalisé que celle qui les « dressait » n’était pas toujours égale à elle-même, j’ai pris peur… surtout quand j’ai réalisé qu’elle s’en servait comme bouclier dissuasif… et puis ma fille ne voulait plus rentrée seule de l’école. J’avais peur pour mes enfants…
    Nous avons quitté cette ville pour la Gironde où nous vivons dans un quartier bien plus serein.. il y a des chiens dans les jardins de nos voisins. Mais ils sont canalisés, dressés… et respectés. J’ai moi-même un petit chien (ça m’a fait du bien d’en avoir un, j’ai vaincu ma trouille… et c’est un « plus » affectif pour mes filles)… c’est un petit spitz. Heureusement que nous ne l’avions pas du temps où je vivais en Normandie (dont je suis originaire)… les molosses n’en auraient fait qu’une bouchée!…

  5. Disons que ça a accéléré mon envie de re-partir de cette ville…(j’ai grandi au Havre. Puis à 21 ans, je suis partie 10 ans à Paris, puis 2 à Rouen… 2 au Havre (dans le fameux quartier)… et cela fait 7 ans que nous sommes sur Bordeaux)…
    Revenir dans ma ville d’enfance fut un choix imposé par la vie car ma mère a eu un AVC et je voulais être auprès d’elle… mais cela a fait ressurgir beaucoup trop de vécu en moi.
    Cette voisine a prouvé combien je n’avais pas réglé le souvenir d’une enfance maltraitée par un alcoolisme paternel extrêmement violent…
    Je suis davantage partie pour fuir une addiction que je ne supporte plus. J’étais intolérante envers cette femme. Face à elle, je retrouvais mes peurs de petite fille traumatisée… les chiens représentaient pour moi une incapacité à m’opposer à l’alcoolisme de cette voisine… elle voyait le dégoût qu’elle m’inspirait. je n’arrivais pas à le masquer… ça aurait mal fini.
    Je suis une écorchée vive!!! Je fais table rase quand quelque chose me ramène en arrière!!!
    D’autres voisins ont suivi notre départ… pour les mêmes raisons. On ne pouvait rien dire contre les chiens. Ces personnes travaillaient dans la société qui louait les maisons…

  6. Beuh… T’as eu le fin mot de l’histoire ? J’aime en tout cas comme tu mêles humour et dramaturgie. Et la façon dont tu fais comprendre que ton enfant a tout changé. Alors merci 🙂

    • oh merci à toi, je suis heureux que tu te plaises sur mon blog 🙂
      A propos de cette histoire, pour l’instant, je me contente de la croiser de temps à autre.. A suivre !

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