Le premier mariage de Voilabébé : un sentiment méconnu me saisit

Je suis peintre. Devant moi, 2 cadres identiques, 30×20 cm chacun. De tout tout petits cadres.

Dans le cadre de droite, je dois peindre un arbuste frêle et rabougri. Un tout tout petit arbuste.

Dans le cadre de gauche (aux dimensions identiques, je le rappelle), je dois peindre le plus grand des baobabs entrevus sur Terre. Un arbre gigantesque.

Quelle que soit la taille de l’arbre, il ne pourra pas mesurer plus de 30 cm de haut. Comment suggérer à l’oeil le gigantisme du baobab ? C’est simple, en plaçant un élément de comparaison dans le tableau. Tracer une silhouette à taille humaine au pied du baobab donnera enfin à l’arbre sa pleine mesure : gigantesque. Le procédé est bien connu de William Turner, un peintre romantique enclin à peindre le caractère hors de toute mesure des éléments naturels déchaînés.

Gigantesque, le Vésuve en feu écrase les hommes, minuscules

Gigantesque, le Vésuve en feu écrase les hommes, minuscules / L’Eruption du Vésuve, William Turner

Postés sur le rivage face à L’Eruption du Vésuve, les hommes n’ont rien à faire ici. Ils sont représentés par William Turner pour une seule raison : laisser voir à quel point le Vésuve, gigantesque, les domine, les dépasse. En anglais, on appelle ce sentiment de toute-puissance, d’écrasement, mélange de fascination et d’effroi, le awe (aucune traduction française probante à ma connaissance).

C’est subtil le awe, dificile à saisir. Être saisi du awe, dans une vie, c’est un événement rare.

Cela s’est produit samedi dernier à l’occasion d’un mariage.

En guise de volcan, les grandes personnes ; en lieu et place des petits hommes de William Turner, Voilabébé. Voyez plutôt :

Un tout petit Voilabébé, et voilà un mariage révéé dans sa pleine mesure : un événement de grands

Awe

Posté au fond de la salle de mariage de l’hôtel de ville, je regarde Voilabébé assis à mes pieds, tout petit et rond. Mes yeux se lèvent, et dans un mouvement infini, tentent d’atteindre le plafond. Ca n’en finit jamais, c’est très haut, le plafond est élevé et les adultes sont vraiment trop grands. Ils sont à l’image de leurs cravates : trop longs, dégingandés, le regard plongé vers leurs pieds. Me voilà saisi du awe, je suis écrasé par ces grandes gens, ému par mon tout petit Voilabébé, petit point posé au centre d’un vaste parquet.

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18 réflexions sur “Le premier mariage de Voilabébé : un sentiment méconnu me saisit

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