L’enfant est roi, absolument

« L’enfant-roi, c’est l’horreur assurée, l’assurance d’années de galère à venir ». Bien entendu. Et pourtant, qu’on le veuille ou non, l’enfant est roi. Sa petite cour est en coupe réglée, aucun écart possible. Le pouvoir du monarque est absolu.

En notre royaume, les courtisans sont au nombre de deux. Une femme, un homme.

D’abord, il y a le Petit Lever. Au tout petit jour, le courtisan se lève (ou la courtisane mais les états d’âme du courtisan nous sont mieux connus…). Il soupire, s’étire et grogne de fatigue. Pourtant, il le sait – ou il s’en convainc -, pénétrer le premier dans la chambre du roi, c’est un honneur. Et puis, s’il n’est pas d’accord, il sait bien que c’est le même prix. Le rythme de la journée entière est réglé comme du papier à musique par l’enfant-roi. Autant être d’accord et essayer d’être en vue. Alors le courtisan feint d’être content. Il lève le roi, lui donne sa pitance, recouche le roi, et retourne s’allonger sur sa paillasse de courtisan.

Louis XIII l’enfant-roi. Il n’empêche, à 15 ans, on aurait tout de même pu lui retirer sa barboteuse

Louis XIII l’enfant-roi. Il n’empêche, à 15 ans, on aurait tout de même pu lui retirer sa barboteuse

A l’heure du Grand Lever, la courtisane est alerte tandis que le courtisan paillasse encore. Mais voilà, c’est l’heure du Grand Lever du petit roi. Le courtisan rejoint la courtisane en la cuisine du roi. L’enfant est là, assis. Immense, le trône dépasse les viles chaises courtisanes et même la table. Le pouvoir est affaire de symboles. Le roi, c’est lui.

Les courtisans sont à la bourre, mal réveillés et affamés. Ils n’en montrent rien. Il ne faudrait pas risquer la mauvaise humeur du roi. Alors, ils l’amusent. La Fontaine de pacotille, ils inventent des fables, Molière en mousse mais Molière quand même, ils font leur petit théâtre. Armés d’une louche et d’une casserole, ils la jouent Lully. Leur ambition se résume à un objectif : faire rire le roi. Au moment où les zygomatiques tressaillent, une rumeur court dans la foule peuplée de nos deux courtisans : « il rit, il rit ». Et les courtisans de rire à leur tour, et de le montrer au roi.

Parfois, quand ils l’estiment nécessaire, ils remettent le roi en place. « Pour son bien » se rassurent-ils. Mesures populaires ou non, tout ce qu’ils entreprennent, c’est pour ton bien, petit roi. Les courtisans se rassurent sans cesse « il ne nous en veut pas hein ? » Perdre la faveur du roi, voir son regard se détourner, ce serait la pire des humiliations. Mieux vaut encore la Bastille.

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16 réflexions sur “L’enfant est roi, absolument

  1. Messire, avec une plume pareille vous méritez meilleur châtiment qu’un rôle de courtisan. Votre pouvoir grandira a mesure que celui du Roi se réduira: vous en profiterez alors pour rendre a César ce qui lui est du!

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