Arrêtons avec l’avenir de nos enfants ?

Ce vendredi 6 juillet m’a posé problème. Ce jour-là, nous avons fête ou pleuré les résultats du bac et commémoré la disparition de Louis Armstrong. Aucun rapport me dit-on. Et pourtant, en moi, le futur papa trouve rapidement le lien. Le bac, c’est la porte ouverte à un avenir professionnel qu’on imagine prometteur. Louis Armstrong, c’est la carrière la plus fulgurante et la plus généreuse dont on puisse rêver.

Et je me prends à imaginer notre enfant attendre fébrilement les résultats du bac un matin frais de juillet 2030 au pied de l’écran tactile installé à l’entrée du lycée. Je le distingue également en tenue de gala, le sourire éclatant, en communion avec le public. Comme Louis Armstrong. Quelle belle vie.

Aïe, arrête. Je n’ai jamais voulu être gentiment déposé dans une petite case de laquelle je ne pourrais plus m’extirper. Et je me prends à imaginer l’avenir de notre enfant ? Cela me semble d’autant plus ridicule que je me ficherais éperdumment qu’il obtienne le bac ou devienne trompettiste, s’il est heureux. Bien entendu, je tiens à ce que notre enfant détermine lui-même le sens qu’il souhaite donner à sa vie à partir des repères que sa famille et la société lui offrent. Pourtant, je ne peux m’empêcher de l’imaginer plus tard, une fois adulte. J’ai besoin de nous projeter dans l’avenir, je le reconnais… Et dire qu’il n’est même pas encore né.

Voilà ma question exisxtentielle : comment préserver l’avenir de son enfant sans l’étouffer avec ses propres rêves de parents ?

La chambre du bébé : une équation insoluble

L’arrivée d’un bébé et l’aménagement intérieur : une équation ardue. Voyez plutôt.

Nous quittons un appartement T2 pour nous installer dans une maison à 3 niveaux. T2 + bb, l’équation est facile à résoudre. Deux pièces sont disponibles ; bébé investit la première et nous la seconde. L’opération est tellement déconcertante de facilité qu’elle pourrait être résolue par bébé lui-même. Nous ne lui laisserons pas ce loisir. Nous avons choisi la difficulté. Nous emménageons dans une maison à trois niveaux. Comprenant la cuisine, le salon et la salle à manger, le rez-de-chaussée (ou premier niveau) est hors course. Le second niveau compte une chambre, le troisième niveau également. Comment départager les deux chambres ? Qui dormira au second niveau, qui au troisième ? Sachant que les deux inconnues sont de toute manière reliées par un escalier d’une raideur à faire pâlir un garde-suisse. Que le bébé se trouve dans une chambre ou l’autre, il faudra bien l’emprunter en pleine nuit, cet escalier. Où installer le bébé ?

La tête entre les mains, je sentais la solution de la diabolique équation s’esquisser – la valeur de X (la chambre du second niveau) étant renforcée par la proximité de la salle de bains. Quand la maman de bébé laissa là toute considération scientifique et s’en remit au sentiment ultime du parent, sa volonté première : la survie. « Et si un voleur entre. Ça me rassure de savoir qu’il tombe d’abord sur nous ». Et Y (la chambre du troisième) mit X (la chambre du deuxième) au tapis, K.O. Le bébé dormira au dernier niveau. Installés au niveau inférieur, nous, les parents, ferons barrage à l’indésirable. Comment X eut-il pu opposer résistance ? Le registre scientifique ne compte plus, nous entrons dans le règne animal. C’est lui qui emporte la décision et impose Y (la chambre du bébé au troisième niveau). Notre maison devient terrier. Blotti au fond, le petit profite de la chaleur et jouit d’une sécurité absolue. Allongés devant le boyau d’entrée, les parents veillent à tour de rôle. L’esprit de la tanière l’emporte sur la logique mathématique.

Un moyen infaillible pour rassurer futur papa

Déménager.

Hier soir, je rentre à la maison, navigue entre les cartons, ne sais plus où donner de la tête. Jusqu’à l’instant où mon regard se fixe, vacille, et mes lèvres tremblent. « Les affaires du bébé ». C’est écrit sur ce carton, le petit au-dessus de la pile, 50x30x30 cm au maximum. Le bébé est bien au chaud dans le ventre de sa maman mais son carton est prêt, lui, pas de problème.

Toutes les affaires du bébé tiennent en une petite boîte. Quelques bodies (mot hors de mon vocabulaire avant 2012), une paire de chaussons et une boîte à musique. Et ce 50x30x30 cm me rassure et m’apaise. Respire, tout est sous contrôle. Plus tard, tu t’échineras à ranger la poussette sous la cage d’escalier, tu feras couler le bain et ramperas sous le tapis de la crèche à la recherche du doudou perdu. Oui, plus tard. Aujourd’hui, respire. Tout tient en 50x30x30 cm. Le carton est bien fermé, rien ne déborde. Jusqu’ici, tout va bien.

Neuf mois pour devenir papa

9, 8, 7, 6, 5, 4, 3, 2… Le compte à rebours est bien entamé. Dans un mois et demi, c’est le décollage vers une autre sphère : la galaxie des papas. Comme son nom l’indique, c’est une voie lactée entièrement peuplée de papas, de leurs espoirs, leurs peurs, leurs désirs, etc. Je vais donc en faire partie, je serai un papa parmi tous les autres papas. Et papa, c’est un vrai statut. A la crèche, à l’école ou au tennis club-house, je dirai : « bonjour, je suis le papa d’Untel/Unetelle » (on ne connaît pas le sexe,  et le prénom, c’est un vrai sujet). Je ne me présenterai pas par mes prénom et nom. Quand tu es papa, c’est écrit sur ton front. Ouh là.

A partir de quand se sent-on devenir papa ? Dans mon cas, certainement pas quand ma femme m’a annoncé être enceinte (joie !). On se sent heureux, surpris, mais certainement pas papa. On essaie de réaliser : « on attend un enfant, on attend un enfant, on attend un enfant ». Mais on ne se répète pas : « je vais être papa, je vais être papa, je vais être papa ». Nuance de taille.  Le sentiment naît peu à peu au cours des neuf mois de grossesse (la nature est bien faite) quand quelques événements vous hurlent à l’oreille : « tu vas être papa, tu vas être papa, tu vas être papa ». Ce sont ces moments où l’on prend conscience qu’une nouvelle personne arrive : la première échographie, les dialogues sur le ventre de la maman, les coups de plus en plus prononcés. On se dit alors : « il y a bien quelqu’un mais il semble tellement vulnérable »… Il faut bien que quelqu’un se charge de lui : papa et maman !