Le repas de bébé, un thriller américain

La main crispée sur l’accoudoir, les genoux rentrés, la bouche entrouverte, je guette, fébrile. J’attends la seconde d’après. Elle arrivera, c’est certain, sous quel emballage, je n’en sais rien. Une seconde zen, une seconde bamboula, une seconde crachée, criée, je n’en sais rien. Je ne détiens aucune clef, on joue avec mes nerfs, les rebondissements à répétition m’éprouvent. Je regarde un thriller : le repas de Voilabébé. L’explosion, la course-poursuite, les cris… Starsky et Hutsch peuvent garer la voiture et rentrer à la maison, on a trouvé mieux.

J’imagine Voilabébé, des étoiles dans les yeux : il veut être scénariste à Hollywood et vient de décrocher un entretien avec le réalisateur de 24 Heures Chrono.

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Le réalisateur : « Monsieur Voilà ? Asseyez-vous là, je vous prie »

Voilabébé grimpe dans la chaise haute.

Le réalisateur : « Vous me paraissez bien jeune. Vous n’avez pas menti quant à votre âge ? »

Voilabébé : « juste de quelques mois ».

Le réalisateur : « vous êtes un créatif on dirait. Parfait. Pour autant, le job qu’on propose est rude vous savez ».

Voilabébé joue avec sa cuillère.

Le réalisateur : « notre métier est ardu. Il s’agit d’instaurer tous les jours un climat de tension, un suspense insoutenable, un rythme de folie, dans des millions de foyers calmes et sans histoires. Vous savez faire ça ? »

Voilabébé : « mon papa dit que oui ».

Le réalisateur : « tous les jours ? Je ne vous cache pas que nos scénaristes ont déclenché des mouvements sociaux à plusieurs reprises ces derniers temps. C’est rude de trouver chaque jour une nouvelle manière de surprendre le spectateur ».

Voilabébé : « je crois que papa aimerait bien que je fasse grève de temps en temps ».

Le réalisateur : « nous devons apporter du mouvement là où il n’y en a pas, voilà la clef. Notre public est mollement assis dans un canapé, sans bouger. Il se pose devant le poste de télévision. L’action, c’est nous ».

Voilabébé : « papa dit qu’après m’avoir donné à manger, il se relève toujours du canapé avec une crampe ».

Le réalisateur : « très fort monsieur Voilà. En revanche, vous pourriez arrêter de taper sur la chaise avec la cuillère, on ne s’entend plus ? »

Voilabébé : « nan, nan, nan ».

Le réalisateur : « monsieur Voila, ne faites pas l’enfant ».

Voilabébé : « excusez-moi ».

Le réalisateur : « je vous en prie. Tiens, je manque à tous mes devoirs, je ne vous ai pas demandé monsieur Voila… Vous avez dîné ? »

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