Plus terrifiant que Jurassic World

Le doigt gratte. Au coeur du carré de fouille – un triangle plutôt – délimité par deux jambes potelées, une couche surgonflée et deux petits pieds, le doigt gratte le sol. Si Voilabébé2 devait déclarer une activité au fisc, il serait paléontologue. La journée durant, il gambade, grimpe, glisse. A quatre pattes, il avance à allure forcée, haletant, dégoulinant de sueur parfois. Quand l’heure de la fouille vient, c’est la métamorphose.

Il se pose là, écarte les cuisses et délimite son triangle, respire posément, penche la tête et inspecte le chantier, calmement. Les yeux sont fixes, son regard donne à voir ce je-ne-sais-quoi très professionnel, la main s’avance. Et le doigt gratte. Ou l’ongle peut-être. Je n’ai jamais réussi à distinguer. J’aimerais pourtant, je m’en veux d’une telle imprécision. Tout ceci semble si sérieux. bébé dinosaure jeune paléontologue carré de fouilles bébé a peur de l'aspirateur Le parquet, c’est son désert du Montana, ce minuscule morceau de papier gratté, son fossile vivant. Pour moi insignifiant, il représente tout pour le jeune paléontologue. Je le vois dans ces yeux ; ils scrutent le papier, ils brillent, comme s’ils décryptaient 65 millions d’années d’évolution en un vulgaire centimètre carré blanc de 80 mg.

D’un geste sec, le doigt se lève, s’arrête : le fossile de papier se meut. Il sautille, il bondit. De droite et de gauche, le regard de Voilabébé2 flotte, les yeux s’affolent. Il se passe quelque chose. Voilabébé1, de 2 ans son aîné, n’est pas né de la dernière pluie. Sous ses pieds, il sent aussi le sol bouger, il voit le papier virevolter ; mauvais présage. Avant, il paniquait. Désormais, il prend la fuite devant l’imminente arrivée de La bête : « euh, vais dans ma çambre d’accord ».

Voilabébé2 reste planté là, seul. Tétanisé, il lève les yeux. Elle est là, ce cou longiligne et gigantesque, cette gueule terrible, à la bouche sifflante qui s’abat sur tout ce qui bouge. Ventru, le corps du pachyderme se déplace avec peine. Et derrière, la queue, noire, d’une longueur infinie. La morphologie du brachiosaure, l’appétit du T Rex. Terrifiant. Dans un dernier sursaut de conscience professionnelle, Voilabébé2 se rue vers le morceau de papier, sauver ses recherches. Trop tard, la gueule noire au rire figé et au son de serpent s’abat et, d’un trait, engloutit le fossile.

Voilabébé2 déteste l’aspirateur.

En vidéo, l’arrivée de l’aspirateur

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De janvier à juin : un vent de révolte à la maison

Longtemps. Je ne vous ai pas écrit depuis trop longtemps. Janvier, février, mars, avril, mai, début juin. 5 mois. Aujourd’hui, la tâche est ardue. Comment tout dire, résumer 5 mois en 500 mots ? S’ils sont toujours blonds, Voilabébé 1 et 2 ont grandi, ils ont changé. Notre vie a changé.

En 5 mois ? Oui. En 5 mois, la vie d’une famille bascule, celle d’un pays aussi. C’était en 1968, le vent de la révolte a soufflé, fort. Ca a duré 5 mois, de janvier à début juin. Je m’en vais vous raconter notre Mai-68 à nous, la famille Voila.

La vie d’un papa ressemble à celle d’un prof d’université. Sûr de mon autorité, je décline l’interro du soir : « tu es allé sur le pot ? », « et tes dents ? », etc. Et Voilabébé1 file au lit tandis que je dépose Voilabébé2 dans le sien, juste en face (Voilabébé2 n’est pas interrogé, il n’est qu’en première année…). Allongé sur le dos, emmitouflé dans sa turbulette, depuis 3 mois, le rituel se répète ; au geste près.

Un soir de mai, semblable à tous les autres soirs, le rituel terminé, je sors de la chambre, m’en vais dans le salon, retrouve Voilamaman, le calme. Un rire, un cri, des craquements. Je retourne dans leur chambre, ça s’emballe. Voilabébé2 s’agrippe aux barreaux, tente la position debout, le pied droit sur le matelas, le pied gauche sur une petite voiture que l’hurluberlu d’en face a envoyé dans le lit du petit frère. Ca hurle, ça saute, ce n’est plus une chambre en mai 2015 mais Nanterre en mai 1968, La Sorbonne, l’université de Rome occupée par les étudiants.

Le pied sur une petite voiture, Voilabébé2 s'agrippe aux barreaux du lit

Le pied sur une petite voiture, Voilabébé2 s’agrippe aux barreaux du lit

Je me mue en CRS, ma voix tonne. Ils hurlent de leurs voix qui ne sont pas prêtes de muer, elles. Je ne peux rien, ils n’ont pas peur, ils rigolent trop. S’ils savaient où le Vietnam se trouvait, je jurerais entendre « libérez le Vietnam ». S’ils savaient qu’au pluriel « parents » prend un « -s », j’aurais pu entendre « ParentS-SS »… Je l’ai échappé belle. C’est une révolte ? Non, une révolution. Je ne peux rien tenter.

Je ferme la porte et m’en vais (non sans les envier, ce doit être super marrant, mais je ne peux pas leur avouer). Je me retire en silence. Comme De Gaulle, parti 3 jours, personne ne savait où, au plus fort des événements de Mai-68. Les Français se sont lâchés et puis se sont interrogés. La réaction des Voilabébés fut identique. Les lancers de voitures ont continué, les sommiers ont encore craqué. 5 minutes, 10 minutes ; et plus rien. Un simple son, un seul, osé par l’aîné : « euh… papa ? » La méthode De Gaulle, ça marche !

Je suis revenu. De peur d’être incompris, je n’ai pas lancé le fameux « la chienlit : non » de De Gaulle et me suis contenté d’un « au lit : oui ». Rien n’a changé et tout a changé. Ils ont grandi.

Blond-ou-roux-mon-coeur-balance, potelé... Daniel Cohn-Bendit est de retour sur les barricades

Blond-ou-roux-mon-coeur-balance, potelé… Daniel Cohn-Bendit est de retour sur les barricades

Comment pourraient-ils comprendre ? #JeSuisCharlie

J’ai peur pour mes enfants. Des terroristes, non, nous n’en avons pas peur. Mais là, par exemple, je rentre de chez la nounou. C’est fou comme cela fait peur de rentrer de chez la nounou. Depuis 3 jours, j’ai doublement peur : je rentre de chez deux nounous, celle de Voilabébé et celle de Voilabébé2. La route, c’est dangereux. Mes fils ne le savent pas, n’en ont pas conscience. Voilabébé fonce à toute allure sur sa draisienne bois et rouge. Il s’amuse, accélère. Alors qu’il arrive au croisement, je l’intime de s’arrêter. Il croit que je souhaite simplement qu’il m’attende. Il ne s’imagine pas que j’ai peur, peur qu’il se fasse écraser. Non vraiment, la route c’est dangereux, elle me fait craindre pour mes enfants.

Nous arrivons à la maison. Enfin, le soulagement. Ici, pas de voiture. Je ne connais pas les statistiques mais le risque de mort doit être sacrément diminué à la maison. Un soulagement ? Pas ce soir. Mes fils ne le savent pas, ne peuvent pas en avoir conscience mais, l’attentat de Charlie Hebdo dans la tête, je suis triste ce soir. Je tente de n’en rien montrer. A 2 ans pour l’un et 3 mois pour l’autre, comment pourraient-ils comprendre ?

Caricatures et danger de mort Expliquer les attentats aux enfants

Et pourtant, tout à sa spontanéité habituelle, Voilabébé m’émeut. Il ne le sait pas, n’en a pas conscience mais il a une bonne idée. Une idée qui pourrait lui valoir de risquer davantage sa vie à la maison qu’en traversant la route ? Non, je ne peux l’imaginer. Alors je l’encourage, ce sera notre mini hommage à nous. Pour le bain, on verra plus tard. Ce soir, on a mieux à faire, Voilabébé veut faire un dessin… Nous n’avons pas peur.

Seul la nuit

Dans la chambre en pleurs, seul, dans le noir, voilà bien le seul moment où je suis avec lui, tout à lui.

Pourtant, je me sens seul la nuit quand mon bébé hurle, étouffe ses pleurs dans son ours à tel point que je ne peux voir sa tête. En boule, il résiste, il se crispe, ne se laisse pas attraper. S’il faut le laisser dans son lit, je dois aussi rester là, tout à côté. Je dois entendre son souffle hoquetant de pleurs et lui doit humer ma présence, entendre mon souffle un peu désemparé. Une espèce de contrat tacite – si-tu-pars/je-hurle – se joue là, dans le noir. Je le sens seul, je me sens seul, et nous restons là. A deux. Je ne sais pas quoi faire. Je n’arrive pas à rester là pour rester là. La patience est cruelle la nuit.

A mesure que le temps coule, je me prends à devenir moins tolérant, à ne plus vouloir l’entendre pleurer. Et puis, il ne veut pas que je le porte. Je pourrais le bercer autrement. Là, je ne peux rien. Je suis là, c’est tout. Ma présence le rassure, j’en suis heureux. Mais mon immobilité me pèse, je subis les minutes qui s’égrènent à force de n’avoir rien d’autre à faire que les compter. Pas les moutons, les minutes. Je me vis mal en sablier géant. Et debout, les bras accoudés sur le lit de Voilabébé, les fourmis viennent rapidement. Je vais devoir bouger pour éviter l’engourdissement, marcher, faire craquer le parquet. Et Voilabébé croira que c’est fini, que je m’en vais. Et il hurlera encore une fois. Tout sera à recommencer.

La nuit dernière, il a pleuré. Je n’ai pas aimé me lever, comme d’habitude. Voilamaman est allé au charbon la première. Après un court répit qui nous a fait croire à une deuxième partie de nuit tranquille, j’y suis allé à mon tour. Cette fois, l’impatience n’a pas vaincu. J’ai tout changé. Les autres nuits, j’étais debout. Cette fois, je me suis assis, tout contre son lit. Et puis j’ai raconté une histoire. Banal me dira-t-on. Lassant. Rien de nouveau sous le soleil. Pas tout à fait.

Cette fois, je ME suis raconté une histoire. Je l’ai racontée à Voilabébé bien sûr. Que la voix te berce, mon petit bouchon prostré dans son lit. Mais pour tenir le temps, ne pas guetter le moindre mouvement de réveil, cette histoire, elle était pour moi aussi.

Comment se raconter une histoire ? Cousu de fil blanc ce truc. Pas tout à fait. J’ai pensé aux cadavres exquis. Quelqu’un écrit un nom sur un papier, on plie, son voisin écrit un verbe, etc. J’ai raconté l’histoire d’un hippopotame qui ne parvenait pas à dormir (je vous passe les détails).

comment dort l'hippopotame Le sommeil de l'enfant

Il rencontre un rhinocéros qui ne parvient pas non plus à dormir. Et que se passe-t-il entre l’hippopotame et le rhinocéros ? Je n’en savais rien mais je n’ai pas arrêté de parler et j’ai su ce qu’il s’était passé entre les deux gros (ils ont entamé une partie de poker). Et ainsi de suite. Tout les animaux de la savane y sont passés. Cette histoire que je ne connaissais pas, j’aimais nous la raconter, à Voilabébé et à moi. Je n’ai pas vu le temps passer. Mon seuil de tolérance s’est considérablement abaissé. A la fin, ils dormaient tous. Les animaux de la savane et Voilabébé. J’étais presque triste. Presque…

L’enfant est roi, absolument

« L’enfant-roi, c’est l’horreur assurée, l’assurance d’années de galère à venir ». Bien entendu. Et pourtant, qu’on le veuille ou non, l’enfant est roi. Sa petite cour est en coupe réglée, aucun écart possible. Le pouvoir du monarque est absolu.

En notre royaume, les courtisans sont au nombre de deux. Une femme, un homme.

D’abord, il y a le Petit Lever. Au tout petit jour, le courtisan se lève (ou la courtisane mais les états d’âme du courtisan nous sont mieux connus…). Il soupire, s’étire et grogne de fatigue. Pourtant, il le sait – ou il s’en convainc -, pénétrer le premier dans la chambre du roi, c’est un honneur. Et puis, s’il n’est pas d’accord, il sait bien que c’est le même prix. Le rythme de la journée entière est réglé comme du papier à musique par l’enfant-roi. Autant être d’accord et essayer d’être en vue. Alors le courtisan feint d’être content. Il lève le roi, lui donne sa pitance, recouche le roi, et retourne s’allonger sur sa paillasse de courtisan.

Louis XIII l’enfant-roi. Il n’empêche, à 15 ans, on aurait tout de même pu lui retirer sa barboteuse

Louis XIII l’enfant-roi. Il n’empêche, à 15 ans, on aurait tout de même pu lui retirer sa barboteuse

A l’heure du Grand Lever, la courtisane est alerte tandis que le courtisan paillasse encore. Mais voilà, c’est l’heure du Grand Lever du petit roi. Le courtisan rejoint la courtisane en la cuisine du roi. L’enfant est là, assis. Immense, le trône dépasse les viles chaises courtisanes et même la table. Le pouvoir est affaire de symboles. Le roi, c’est lui.

Les courtisans sont à la bourre, mal réveillés et affamés. Ils n’en montrent rien. Il ne faudrait pas risquer la mauvaise humeur du roi. Alors, ils l’amusent. La Fontaine de pacotille, ils inventent des fables, Molière en mousse mais Molière quand même, ils font leur petit théâtre. Armés d’une louche et d’une casserole, ils la jouent Lully. Leur ambition se résume à un objectif : faire rire le roi. Au moment où les zygomatiques tressaillent, une rumeur court dans la foule peuplée de nos deux courtisans : « il rit, il rit ». Et les courtisans de rire à leur tour, et de le montrer au roi.

Parfois, quand ils l’estiment nécessaire, ils remettent le roi en place. « Pour son bien » se rassurent-ils. Mesures populaires ou non, tout ce qu’ils entreprennent, c’est pour ton bien, petit roi. Les courtisans se rassurent sans cesse « il ne nous en veut pas hein ? » Perdre la faveur du roi, voir son regard se détourner, ce serait la pire des humiliations. Mieux vaut encore la Bastille.

Et vous, vos bébés, les préférez-vous en barboteuse ou en pantalon long ?

Avant d’être père, le rire résidait presque partout. Dans ma voiture mal rangée et contenant davantage que ma chambre, dans les caniveaux que je ne parviens jamais à descendre sans trébucher, même pas à 30 ans. C’est naze, mais c’est l’honteuse vérité. Presque partout ? Oui presque… Un détail de ma vie ne m’avait encore jamais poussé au rire. Il m’énervait. Je ne le supportais plus, il me donnait des sueurs. Ma clef de voiture. Comment une chose si petite – on la perd même dans une poche de jean’s – pouvait s’avérer aussi énervante ? Précisément parce qu’elle est petite. Trop petite. Et en dessous d’une certaine taille, je perds. Systématiquement. Et puis, une clef de voiture, ce n’est pas drôle, vraiment pas. Aujourd’hui, tout s’adapte, se customise. Les cartes bancaires même. Sauf la clef de voiture, invariablement métallique et au manche noir. Elégant, certes. Lassant, à force…

Et Voilabébé est arrivé. Dans son sillage, ma clef de voiture a débuté une nouvelle vie. Avant, je ne la regardais pas et me contentais de la chercher du bout des doigts, à l’aveugle. Désormais, la clef de ma voiture est au coeur de ma vie. Si Voilabébé tenait un Livre Guiness des Records personnel, soyez assurés que la clef de voiture figurerait à la rubrique « L’accessoire qui a permis à Voilabébé de tenir le plus longtemps sans broncher… et à ses parents d’avoir la paix ». Je commençais à l’aimer, ma clef de voiture.

Et puis, les mois ont passés, la clef de voiture m’a surpris, pris à revers. La reconversion est devenue totale, réussie. La clef de voiture a tiré un trait sur sa sobre vie passée, désormais, elle se produit dans le monde du spectacle. D’un petit pas claudiquant, Voilabébé avance vers la porte de la voiture, l’air déterminé et clef en main. La clef de voiture a trouvé un rôle nouveau, non plus taillé à sa petite mesure, qui l’excède, et mon coeur bat la chamade. Regarder là un petit monsieur rondelet traverser le trottoir, s’affairer autour de la clef de voiture comme s’il devait absolument arriver porte d’Orléans avant 16h pour éviter l’embouteillage. Une émotion qui rend joyeux. Mon bébé grandit. Et la clef de voiture est parvenue à m’émerveiller, elle aussi. Enfin.

On dit être ému par les tout-petits, l’univers bébé, le gazouillis. Très mignon, c’est vrai mais Voilabébé me laisse pantois, devient irrésistible, bête de scène, quand il se prend pour un autre. Quand les petites mains potelées tiennent la clef de voiture prête à déclencher le contact. Quand les 11 kg de Voilabébé s’accroupissent pour aider Voilapapa à porter les 20 kg du lit-parapluie. Quand, juché sur le rebord de la fenêtre, son regard de contremaître considère chaque matin l’état d’avancement du chantier là en bas. Comme les grands. En tout petit.

Et si nos bébés nous faisaient craquer quand ils ne se prenaient pas pour des bébés ? Un adulte sort sa clef de voiture d’une poche, ça ne fait rire personne. Qu’un bébé engage le même geste, il soulèvera les foules (foules = ses parents). Appliquant cette petite théorie – à l’excès diront certains – un humoriste a connu le triomphe. Cette théorie du rire, de l’émotion, Il lui a donné un nom, celui de son stand-up. « L’Autre, c’est moi ». Voilabébé le produit également ce spectacle. Mais pas en stand-up. Les fesses lourdement posées sur le tapis de jeu, Voilabébé joue dans son petit univers. Et c’est essentiel. Qu’il tente d’en sortir, de se prendre pour un autre, de le singer, de dénicher la clef de voiture et de l’utiliser comme papa – « papa, c’est moi… l’Autre c’est moi » -, et Voilabébé ouvre un nouvel univers, celui du cirque, du rire.

Je m’interroge. On veut nos bébés en barboteuse ? Et s’ils étaient surtout craquants en pantalon long ?  Vous savez, ce bébé à la démarche d’éléphant, qui, pour se lever, pointe d’abord les fesses vers le ciel avant de dresser les jambes, et porte un jean’s taille basse, exactement le même que son père, à l’exception du vieux ticket de métro dans la poche arrière gauche.

La démarche de l'éléphant de bébé, les fesses pointées vers le ciel : le syndrome Mowgli (crédit photo : Disney Productions

La démarche de l’éléphant de bébé, les fesses pointées vers le ciel (crédit photo : Disney Productions)

Voilà qui me fait rire, craquer. Et les vêtements l’ont bien compris. A mon époque bébé, nous portions des vêtements pour bébé, point. Ces barboteuses bouffantes et chemisettes à volants qui ne passent pas les portes. C’était mignon, ce n’était pas drôle. Les temps sont durs, certes, mais les temps ont changé. A moins d’une grand-mère qui verse dans la couture, vous ne trouverez plus ces ballons-à-porter, jamais. L’élégance se décline désormais à l’âge bébé. La boutique en ligne Melijoe l’a compris. C’est la rentrée, furtez, cherchez, et vous constaterez. Une salopette version mini, une chemise bûcheron mini, un chapeau de paille : le charme Tom Sawyer donne le ton. Tout pareil, tout comme vous, version mini. L’air pionnier du Mississipi, mon bébé maladroit habillé en travailleur, voilà qui me pousse au rire. Et l’idée se propage, les cadeaux de naissance à l’élégance de grand se déclinent en version mini. Tom Sawyer en couches-culottes.

Voilabébé en couche, j’adore. Un pantalon sur la couche, et Voilabébé, ses poches revolver trop petites, l’ourlet de grand qui tombe sur les chaussures taille 20 font leur cirque. J’aime ce décalage, ce pep’s au ton élégant. S’habiller en grand, ce n’est pas se prendre au sérieux. Et ce n’est pas être un grand, surtout pas. Que bébé fasse tout comme les grands, ça m’attristerait. J’aime voir le bébé en Voilabébé. Que bébé adopte parfois la posture d’un grand, voilà qui me fait rire. Encore un peu et j’imagine Voilabébé en jean’s fermer son baluchon, le jeter sur l’épaule et embarquer, jouer son dernier tube de Dolodent au poker dans la cale, destination : le Mississipi. Capitaine, j’en aurai ri, aurait raconté la vie de Voilabébé à bord dès l’arrivée à New York, dans ma première lettre. Et dire que Voilabébé aurait pu embarquer sans son jean’s de grand ni ses cartes à jouer, juste comme ça, en couche. Quelle tristesse ! Foi de marin, un bébé en pantalon long, ça égaye une traversée. Et vous, que préférez-vous : barboteuse ou pantalon long ?!

La guerre des bouchons

Au son ferme et cadencé du tambour, les deux corps d’armée progressent au pas vers le centre du tapis, s’observent, se toisent, bombent le torse. Et tombent lourdement sur les fesses, les jambes écartées. Deux tout petits corps d’armée, l’un à peine plus grand que l’autre. L’uniforme est magnifique, uni ici, rayé là. Une véritable guerre en dentelles sans dents.

La guerre, on ne la déclare qu’en cas d’ultime recours, quand on a abattu toutes ses cartes et pour sauver ce qu’on a de plus cher. Nos deux petits corps d’armée le savent bien. Mais qu’ont-ils à sauver ? Leur maison ? Non, l’assurance habitation, les dommages et intérêts, tout ça c’est un truc de parents. Leur liberté ? « Je pleure, on accourt »… Difficile de faire plus libre. Conquérir de nouveaux territoires mais pour quoi faire ? On est bien à la maison. L’appât du gain pourrait se résumer à une seule chose : tout mettre en bouche. Tout, tout, tout. L’esprit de conquête commence ici. Ensuite, c’est la guerre comme seuls les adultes savent la faire.

Trois jours durant, Voilabébé a partagé son espace vital avec Voilacopain de trois semaines son cadet. Heureux de tenter l’aventure, Voilamaman et Voilapapa appréhendaient un peu : et si ça se passait mal ? Et s’ils se déclaraient la guerre ? Il faut qu’ils se découvrent de manière progressive, fassent connaissance, s’apprivoisent. Il faut éviter toute jalousie. Si l’un est à bras, l’autre devra l’être aussi. Que nenni. Tout compter, c’est un truc d’adulte. La guerre aussi, c’est un truc d’adulte.

La guerre des bouchons

La guerre des bouchons

Pose-là deux bouchons. Conquérants, Voilacopain et Voilabébé vont-ils se ruer et chercher à constituer le plus gros amas d’armes jamais vu ici (soit deux bouchons). Non. Bonhommes, ils avancent, les yeux ronds, le sourire aussi. A chacun un bouchon, n’importe lequel. Aucune velléité de conquête, le champ de bataille n’est que chants de marmaille.

La guerre des boutons, c’était la guerre en plus petit. Il fallait quand même se mettre sur la tronche. La guerre des bouchons, ce sont les tout-petits qui ne savent pas faire la guerre. Il se contentent de se mettre un bouchon en bouche. Assis là dans leurs pyjamas sans boutons et bien que petits et ronds, ce ne sont vraiment pas des Napoléon.