Voilà papa, je suis champion olympique

Au trente-cinquième kilomètre, j’étais loin de la tête de course. J’ai réussi à lancer ma foulée, la grande, la belle, cette foulée qui a fait briller mon régiment lors des compétitions militaires. Et je les ai dépassés, tous, jusqu’à franchir la ligne d’arrivée en tête. Personne ne m’attendait, le sentiment de la victoire était immense, inouï, éternel espérais-je. Voilà papa, je suis champion olympique.

Gagner l’or ne couvre pas d’argent. Outre-atlantique, j’ai alors gagné ma croûte à courir face à des hommes ou des animaux. Le public acclamait la bête de course que j’étais . Ou la bête de foire, je n’ai jamais vraiment su. Comme je gagnais ma vie en courant, je ne pouvais plus participer aux Jeux olympiques réservés aux sportifs amateurs. Malheur, toute ma reconnaissance personnelle est bâtie sur ma victoire olympique, papa. Tout s’est alors emballé, a mal tourné, a échoué. Voilà papa, je suis champion olympique et aujourd’hui, je suis à la rue.

Cet article lance la série  « Voilà papa, je suis ». Les histoires d’un destin qu’une fille ou un fils raconterait à son père. Aujourd’hui, voici les propos imaginaires d’Ahmed Boughéra El Ouafi, champion olympique français de marathon à Amsterdam en 1928, presque aussitôt oublié de tous. Il finira sa vie en 1959, miséreux et assassiné par le FLN dans le contexte de la guerre d’Algérie. 

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